• B.D.I

Le Kamo de la semaine 24/09/2018

Mis à jour : 30 sept. 2018

L'imaginaire collectif, une donnée essentielle dans l'apprentissage d'une langue Durant plus de dix ans, j'ai observé, analysé mes élèves dans le premier et le second degré. C'est en allant enseigner pour la première fois en Guyane que j'ai été confrontée de façon brutale à la difficulté que mes élèves avaient à maîtriser la langue française. Ils avaient des origines différentes. Certains étaient bushinengue venant de la Guyane ou du Surinam, d'autres étaient brésiliens, amérindiens, Hmongs et créoles.

J'avais du mal à comprendre cette difficulté. Je me suis rendue compte en les côtoyant de façon régulière, en les observant, en échangeant avec eux que nous venions d'univers différents. Nous avons chacun une construction identitaire différente par rapport donc à la société dans laquelle nous avons grandi. Les sociétés* se construisent, se déterminent grâce à que l'on appelle un imaginaire collectif**. Cet imaginaire collectif va nous donner une compréhension différente des choses qui nous entoure par rapport à une personne qui vient d'ailleurs.

Les bushinengue ont un imaginaire collectif différent du mien, de celui du brésilien, de celui du Hmong. Par exemple, j'ai un jour lors d'une discussion demandé à un élève bushinengue s'il restait à Cayenne pour les vacances scolaire de Pâques. Il m'a indiqué qu'il préférait rentrer chez lui sur le fleuve car il s'ennuyait dans la ville capitale. Je ne comprenais pas son discours. Il m'a expliquer que chez lui il allait en forêt, qu'il se baignait dans le fleuve, se rendait à l'abati*** avec ses parents et avait d'autres activités qu'il ne pouvait pas faire à Cayenne.

Outre l'imaginaire collectif, il y a la barrière de la langue. Ces élèves ne s'exprimaient en français que dans les cours ou quand un professeur, un membre de l'administration s'adressait à eux avec pour certains beaucoup de difficultés. Je pensais à cette époque que la méthode d'apprentissage utilisée n'étaient tout simplement pas la bonne sans pour autant avoir une réflexion plus aboutie malgré mes constats.

Après avoir travaillé en Guyane quelques mois en 2004, je suis repartie pour la Martinique et j'y suis retournée neuf ans après, en 2013. A mon retour, j'ai fait le même constat qu'en 2004. Les difficultés d'apprentissage de la langue françaises persistaient. Avec cette nouvelle expérience, j'ai appris à mieux connaître cette société. J'ai dû intégrer également que la société guyanaise est très cosmopolite. Chaque composante de cette société utilise de façon très régulière leur langue maternelle. Ce qui me permettait également d'en déterminer la provenance.

Ma réflexion progresse. Qu'elle est la place d'une langue dans l'imaginaire collectif d'une société ? Cette dernière y tient une place primordiale car elle en est le vecteur. J'ai donc pris en compte les difficultés d'apprentissage de la langue française dans une approche systémique. Cette façon de reconsidérer le problème est aussi le fruit de nombreuses discussions que j'ai eu avec une collègue professeur de portugais d'origine brésilienne qui m'a démontrée par des exemple que l'imaginaire collectif du brésilien est différent de la mienne.

De ce fait, pour palier les difficultés de la maîtrise de la langue française, il faudrait l'apprendre dès l'entrée dans le système éducatif français comme une langue étrangère. Pour aller plus loin on peut dire que pour enseigner une langue qui n'est pas la langue maternelle des apprenants, il est essentiel de prendre en considération l'imaginaire collectif de ces derniers.

La Martinique il y a des dizaines d'années, était confronté à cette même problématique. Certains professeurs ont dû utiliser le créole pour expliquer une notion, une consigne ce qui permettait une meilleure compréhension de ce qui était demandé.

Chaque langue est je pense à l'image de l'imaginaire collectif d'une société. Et qui mieux que les autochtones peuvent le faire avec bien sûr une formation en FLE (Français Langue Etrangère).

*En ethnologie la société désigne un groupe humain organisé et partageant une même culture, les mêmes normes, mœurs, coutumes, valeurs…. En sociologie, la société est l'ensemble des personnes qui vivent dans un pays ou qui appartiennent à une civilisation donnée. **l'imaginaire collectif désigne l'ensemble des croyances, des opinions, des images, des visions et autres préjugés qui servent à un individu à se faire une représentation de la réalité. ***L’abatis est un jardin dans lequel on plante des cultures de subsistances en Guyane tel que le manioc.

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