• B.D.I

Boogie Flaha NègBéni, la conscientisation un chemin de vie...


À l'âge de neuf ans alors qu'il écoute les mix de Dj Dee Nasty, Kurtis Blow, Furious 5, un rêve se forme. Il veut devenir rappeur. Il y fait ses premiers pas en tant que Bboy. En 1987, sa vie va changer car il laissera l'hexagone pour aller vivre en Martinique, avec la culture Hip Hop comme référence.

Un autre univers s'ouvre à lui avec de nouveaux paysages, de nouvelles odeurs, de nouvelles saveurs, de nouvelles couleurs, de nouvelles situations. Il rencontrera au collège des jeunes qui partagent comme lui cette culture qui vient des Etats-Unis. Il se liera d'amitié avec Neg Lyrical, Duduss, Neg MarcoPolo Solda-a, Steel Mètlès, Eddy malfunksyon, Neg Madnik Nzila, E Prad (R.I.P). Il travaillera également avec des Dj locaux tels que Spécial Mark & Gordon.

1989 sera l'année de la réalisation. Après quelques scènes et freestyles dans l'émission de Dj Patpo et de Mc Shakima, Boogie Flaha NègBéni formera avec ses frères de «MIC», le groupe NÈGKIPAKAFÈLAFET.

Au cours des années, Boogie devient un artiste pluridisciplinaire avec des expériences dans de nombreux domaines. Il est danseur/chorégraphe (avec la Homie Fresh Kid, Human Beat Box lors des premiers krazégòj), graffeur, (tag : Kool Art Grafik), Dj (aux côtés de Neg Lyrical dans l'émission HipHop Bò kay), Mc et Beatmaker (compositeur). C'est véritablement avec ces deux dernières disciplines qu'il développe son talent.

À partir de l'année 2002, Boogie Flaha NègBéni va s'approprier une part de la culture musicale, chorégraphique de son île, le bèlè. Il l'a qualifie de « culture racine » de la Martinique. Il se définit désormais comme «an manmay bèlè èk an manmay HipHop».

L'association AM4, lui permettra de faire ses premiers pas dans le monde bèlè. Il apprendra à danser, à connaître et à comprendre les codes qui le régissent. Il est dit du bèlè que c'est «an manniè viv». On peut dire que le bèlè est une philosophie de vie. Artiste reconnaissant, il rendra hommage à cette association sur son opus «Révévolisyon», avec les morceaux «Danjé», « «Goumen» et «Ba mwen nouvel». Il intégrera ensuite le groupe «Tanbou Bò Kannal». Dans cette association, il continuera son militantisme culturel. Il mettra à l'honneur dans l'introduction de «Révévolisyon», «Tjè Nou Blenndé» une chanson de Nico Gerné, qui sera rééditée lors de la grève de 2009, Il considère ce chant comme étant l'hymne martiniquais.

Afin d'agrandir sa connaissance du bèlè, il travaille depuis quelques années aux côtés des «manmay bèlè lisid» de la commune des Anses d'Arlet.


Boogie Flaha NègBéni, au fil des années, s'est approprié sa culture.

Malgré ses nombreuses activités, Boogie se fait connaître sur différentes scènes. Il a participé au festival de la ville de Fort-de-France, au festival des sens, au festival bèlè, à des manifestations à la maison du bèlè, et également au mémorial Eugène Mona entre autres.

Boogie Flaha NègBéni veut aussi que ses paroles parlent aux Martiniquais et plus largement aux populations noires.


- le 30 septembre 2018 avait lieu la "garden pays" (voir article sur stella Gonis), pourquoi était-il important pour toi d'y participer?

«Oui, c'était important d'y être et d'y apporter ma contribution. C'était également pour moi un véritable honneur que d'être parmi ces artistes de talent. Faire partie de ce genre d'événement et de savoir que les gens vont se déplacer en masse pour y assister, on se dit que le travail accompli porte ses fruits.»



- Parle moi de ta relation avec le bèlè.

«Je pense que c'est à partir du moment où j'y suis entré que mon troisième œil a commencé à s'entrouvrir... Que ça a développé mes sens d'un point de vue musical et spirituel. Ma fierté d'être Martiniquais s'en est vu renforcée. Bien-sûr, on est pas parfait, avec notre lot de dysfonctionnements hérités. Mais c'est un beau peuple (malgré tout le mal qu'on pense de nous-mêmes) et un beau pays, malgré ce qu'on en fait. (Oui, "on", "nous")»


- Peux-tu me dire quelle est la portée de tes textes? Quels messages véhicules-tu? «L'idée c'est recréer un lien entre nos générations à travers ces cultures que j'aime, le HipHop et le Bèlè, je m'efforce de traiter de sujets qui nous touchent, d'abord en tant que Martiniquais, mais aussi en tant qu'êtres humains. Le fondement même de mes textes, c'est cette idée qu'en cultivant le positif en soi, on attire du positif, et que, à la longue, ça devient contagieux. Même si je traite de sujets graves, je ne donne pas dans la mélancolie ou la lamentation, je veux que la Vibe demeure combative, se dire :"y a ces problèmes là, mais on baisse pas les bras.»


- Peux-tu me parler de ta conscientisation en tant qu'homme noir?

«Mes premiers pas vers la conscientisation se sont faits très tôt. Je suis né et ai vécu jusqu'à l'âge de 13 ans en région parisienne... J'ai été confronté au racisme dès mon entrée à la maternelle. Heureusement pour moi, j'ai été bien élevé dans une famille fière de ses racines, et malheureusement pour les quelques petits racistes qui ont croisé la route de mes poings! Ça a avant tout commencé par la musique, surtout à mon arrivée en Martinique en 87, je redécouvrais mes origines, mon peuple, à mon entrée au collège, je n'étais plus l'un des rares noirs, je rencontrais mes futurs frères de mic, et c'était l'époque des groupes de rap engagés, public enemy, Boogie down productions, X-Clan, poor Righteous Teachers, brand nubian, etc... C'est un parcours qui passe par plusieurs étapes, je n'ai pas fini d'apprendre... La littérature, avec Césaire, Fanon,... Plus tard cheikh anta Diop... Notre spiritualité ancestrale, les contrefaçons coloniales... Je mets un nom sur les artistes dont j'appréciais le travail et la Vibe, Mona, la Perfecta, Falfrett, Ti Émile, Ti Raoul... J'entre dans lawonn Bèlè, je m'en imprègne, me l'approprie, le danse, le joue, le chante...»



Pour en savoir plus sur le travail de Boogie Flaha NègBéni:

http://itunes.apple.com/album/id1215070688?ls=1&app=itunes - http://boogieflaha.bandcamp.com/ - soundcloud.com/boogie-flaha


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