• B.D.I

Lumina Sophie dite Surprise

Mis à jour : 22 sept. 2018

Digne héritière de l'esclave Romain

Cher Romain,

Je suis Surprise, une petite fille née dans la commune du Vauclin six mois après que tu aies joué pour dire non.

Non à la déshumanisation !

Non à l'esclavage !

Non au racisme !

Tu as grâce à ton instrument invoqué la Liberté. Une liberté si chère à mon cœur.


Je suis couturière et je n'ai pas peur de travailler la terre.

J'ai maintenant 21 ans et je vis en concubinage avec Émile Sidney. Tu sais, il vient d'une famille de libres noirs. Avec lui, j'apprends. Mon esprit se transforme et se forme de jour en jour. Je comprends mieux les choses. Je comprends mieux ton combat, ta désobéissance, ta résistance. Tu sais ici, les choses n'ont pas beaucoup changé. Des inégalités persistent dans notre société et ceux qui vivent de la terre vont de tribulations en tribulations.

Tu commences à voir qui je suis. Je ne me laisse pas faire. On me surnomme Lumina.

Les années passent et nous sommes déjà en 1870. Aujourd'hui, dans la commune du Marin Léopold Lubin a eu une altercation avec un dénommé Augier de Maintenon. Ce monsieur a eu gain de cause devant le tribunal. Je suis consternée ! Je ne peux m'y résoudre ! Je sens mon sang bouillir. Il faut agir ! Je dois agir ! Avec Eugène Lacaille, Louis Telga, Emile Sidney, Bolivard et bien d'autres nous avons investi Rivière-Pilote. Des habitations ont brûlé. Le sud s'est embrasé.

La répression est là mais nous résistons. Ils ont utilisé la manière forte et ils nous ont encerclés. Ils m'ont arrêté avec mes camarades d'armes. Le sentiment de révolte est toujours là et m'habitera jusqu'à mon dernier souffle.

J'ai mené cette bataille avec la vie dans mon ventre. Une vie qui m'a donné la force de lutter, la force de résister.


Mon fils est né. Ils me l'ont enlevé. J'ai pleuré dans mon âme pour ne pas leur donner l'occasion de me voir faible. Il a quitté le monde des vivants quatorze mois après sa naissance. Je t'en supplie veille sur lui.


Romain, je pars. Le tribunal des oppresseurs m'a condamné à laisser ma Martinique. Cette île qui a fait de moi ce que je suis. Ils m'envoient au bagne de Saint-Laurent du Maroni pour le reste de ma vie. Je dois rester forte. La résistance m'habite. La liberté m'accompagne. Ils m'éloignent mais je suis toujours là.

En décembre 1871, j'arrive dans ce lieu de douleurs. Les conditions de vie y sont épouvantables. Ma santé se dégrade mais je suis toujours celle que la Martinique a forgée.

Le souffle de vie qui est en moi s'en va. Je suis partie. Nous sommes dans l'année 1879. Je n'ai que 31 ans.

L'Histoire a voulu que je laisse ma Martinique car ma vie et mon implication active dans la Grande Insurrection du sud devaient aller porter le flambeau de la Liberté.

Lumina Sophie dite Surprise

Statue de Lumina dans la commune de Rivière-Pilote.

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